Les potiers de La Graufesenque fabriquaient de la céramique sigillée, une vaisselle fine à vernis rouge brique, souvent décorée en relief et marquée d’une estampille. Au milieu du Ier siècle, ils supplantent les ateliers d’Italie qui l’avaient inventée. Leur production traverse l’Empire : l’un des plus gros débouchés est la région du Rhin, notamment le site de Vechten, et des bols de Millau étaient déjà arrivés en Campanie avant l’éruption qui détruisit Pompéi en 79. Voir le lieu où tout cela était fabriqué en grande série est un vrai changement d’échelle.
Le site révèle une véritable petite ville de l’artisanat. On y distingue une zone de production avec des fours et des entrepôts, une aire sacrée comprenant des temples, puis des habitats séparés par des ruelles. Le lieu s’appelait Condatomagus, du gaulois condate, le confluent, et magus, le marché, et il figure sur la table de Peutinger. Des vues aériennes ont aussi repéré d’autres bâtiments, dont un nymphée, ce qui laisse penser que l’agglomération reste encore largement à explorer.
L’histoire des fouilles est presque aussi riche que celle du site. Un premier four apparaît en 1830 après une inondation ; l’abbé Cérès, dans les années 1880, parle déjà de « la Sèvres des temps anciens ». Les grandes fouilles du chanoine Hermet, de 1901 à 1906, puis les travaux de Joseph Déchelette ont imposé l’importance de La Graufesenque. À partir des années 1960, l’appui de la famille propriétaire de la ferme permet d’acheter les terrains et de conserver les bâtiments mis au jour.