Les Alyscamps s’étendent hors des murs de la cité, le long de la via Aurelia, comme le voulait l’usage romain : on n’enterrait pas à l’intérieur de la ville. D’abord nécropole païenne, le lieu devient chrétien et gagne un prestige immense à partir du IVe siècle, notamment grâce au souvenir de Genès, saint arlésien décapité en 303. On rapporte que des défunts venus de loin descendaient le Rhône en barque, avec de quoi payer leur sépulture.
Entre le XIe et le XIIIe siècle, le cimetière s’enrichit de plusieurs églises, dont Saint-Honorat, et devient une étape du chemin de Compostelle pour les pèlerins de Provence. En 1152, les reliques de saint Trophime rejoignent la cathédrale du centre-ville, et le cimetière perd une partie de son aura. Il est ensuite largement pillé : à partir de la Renaissance, des prélats, des seigneurs et des rois emportent les plus beaux sarcophages sculptés.
Le site a aussi été entamé par l’histoire moderne. Le creusement du canal de Craponne au XVIe siècle, puis l’arrivée du chemin de fer et de ses ateliers en 1848, ont profondément changé le quartier. Ce qui reste aujourd’hui, c’est un fragment seulement de la grande nécropole : de quoi comprendre pourtant son ampleur d’autrefois, la ferveur qu’elle inspirait et la façon dont chaque époque a laissé sa marque sur ce lieu.