Peu de noms de lieux sont aussi connus que Cro-Magnon. Ce petit abri des Eyzies a donné son nom à l’homme de Cro-Magnon, expression qui désigne couramment les premiers hommes modernes d’Europe. Sa découverte, en 1868, a marqué l’histoire de la préhistoire : pour la première fois en France, des squelettes complets d’hommes du Paléolithique supérieur étaient associés à des outils et à des parures. Le mot « cros » signifie « creux » en occitan, et désigne ici l’abri sous la falaise.
La découverte tient à un hasard de chantier. En 1868, pour construire une route entre le village des Eyzies et le bourg de Tayac, des ouvriers prélèvent des pierres au pied de la falaise et mettent au jour des ossements humains. Édouard Lartet arrête les travaux et confie les relevés à son fils Louis. Les restes de cinq individus, un enfant et quatre adultes, sont expédiés au Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Parmi eux, un homme d’une quarantaine d’années, de grande taille et malade, reposait avec des outils de pierre et des parures de coquillages. Les ossements d’autres personnes, peut-être une dizaine, ont été perdus.
Une étude récente situe la sépulture vers 28 000 ans avant le présent, à l’époque du Gravettien. Classé monument historique en 1957 et inscrit à l’UNESCO en 1979 avec quatorze autres sites de la vallée de la Vézère, l’abri a été aménagé en site de visite en 2014 par son propriétaire, puis racheté par l’État en novembre 2024. Des travaux pour sécuriser la falaise ont précédé une réouverture annoncée pour septembre 2026.