Gisacum n’est pas une ville comme les autres. Au début du IIe siècle, un urbanisme très original remplace les premiers quartiers : les édifices publics (thermes, temple, théâtre, forum) occupent le centre, ceinturés de canalisations et d’immenses espaces libres. Les habitations sont reléguées à la périphérie, alignées le long d’une rue à portique longue de près de 5,6 km. Cette bande bâtie rassemble artisans, comme des bronziers, et commerces. Avec 230 à 250 hectares, la ville était l’une des plus étendues de Gaule.
Le cœur du site est un sanctuaire de 6,8 hectares où les Éburovices honoraient Apollon, Jupiter, Mercure et Mars, ainsi que, sans doute, l’empereur. À l’époque sévérienne, trois temples sur podium, reliés par des galeries, dominent l’ensemble ; le principal devait culminer vers 25 mètres. Les fouilles, encore partielles, ont montré que tout ce qui date d’avant la fin du IIe siècle est préservé, avec des couches empilées sur 4 mètres d’épaisseur. La recherche continue, et le site garde encore beaucoup de secrets.
Le plateau où s’élève Gisacum manque d’eau : la pluviométrie y est faible et la nappe phréatique se trouve à 70 ou 90 mètres de profondeur. Les Romains ont donc bâti un aqueduc exceptionnel, d’environ 27 kilomètres, en grande partie souterrain, pour alimenter les thermes et les fontaines. Cet aménagement donne la mesure du projet : faire vivre, loin de toute rivière, une ville entière consacrée au culte. Le site s’arrête de fonctionner dès le milieu du IIIe siècle environ ; le sanctuaire devient ensuite un fortin, puis une carrière de pierres pour le rempart d’Évreux.