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Usine de la Compagnie française des mines du Laurion près d’Athènes en Grèce, photographie vers 1890

Tourbières et métallurgie ancienne : le plomb et l’argent de l’Europe révélés par les archives naturelles

Photo : Huesca, Public domain, Wikimedia Commons

FrancePar la rédaction d’Archéo-Logis4 min de lecture

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Des chercheurs ont reconstitué 6 000 ans d’histoire de l’extraction du plomb et de l’argent en Europe et en Méditerranée. Leur méthode repose sur une carotte de tourbe prélevée dans le massif du Pilat, en France, dont les couches conservent les retombées de pollution métallique accumulées au fil des siècles. Cette étude, publiée dans la revue Science Advances et relayée par Phys.org, éclaire la métallurgie ancienne sous un angle inédit, là où les vestiges archéologiques restent dispersés.

Des tourbières qui servent d’archives naturelles

Les tourbières se forment très lentement et captent les poussières atmosphériques couche après couche. Elles conservent ainsi la trace des retombées liées à l’exploitation minière sur plusieurs siècles, à la manière d’un livre d’histoire déposé dans le sol.

Pour cette recherche, les scientifiques ont foré une carotte de tourbe de deux mètres, baptisée Dig1Ter, dans le massif du Pilat, dans le Massif central. Ils ont daté la séquence grâce au carbone 14 pour les couches profondes et à des marqueurs de retombées radioactives pour les niveaux supérieurs.

Le plomb, empreinte des mines d’argent

Dans la nature, le plomb et l’argent se trouvent souvent ensemble dans un minerai appelé galène. Pour extraire l’argent, indispensable aux monnaies et aux échanges, les sociétés anciennes fondaient la galène, ce qui rejetait dans l’air une quantité notable de plomb.

Chaque gisement possède une signature isotopique propre. En comparant ces signatures à une base de données de quelque 7 000 analyses de minerais, les chercheurs ont pu remonter jusqu’aux régions exploitées.

Laurion et les Cyclades, premiers foyers miniers

Les plus anciennes empreintes de pollution, datées d’environ 3700 à 2200 avant notre ère, désignent avec force la région de Laurion, en Grèce, et les îles égéennes voisines comme des centres majeurs d’extraction du plomb et de l’argent. Ce constat rejoint les données archéologiques connues sur les premières exploitations de la zone.

À l’âge du Bronze, la production métallurgique s’étend autour de la Méditerranée et jusqu’en Turquie, portée par des réseaux maritimes qui façonnent sa diffusion.

Rome, la France, la Germanie et la Bretagne romaine

L’étude remet en cause l’idée reçue selon laquelle Rome dépendait presque exclusivement des mines espagnoles. À l’âge du Fer, les mines de France, de Germanie et de Bretagne fournissent elles aussi des apports importants et continus.

L’activité se répartit entre plusieurs pôles de l’Europe occidentale et centrale, reliés par les grands fleuves ainsi que par un réseau de routes terrestres et maritimes. Les émissions culminent au début de la période romaine, avant de chuter fortement au haut Moyen Âge, un recul lié aux troubles politiques, aux épidémies et au changement climatique.

Une méthode pour retracer l’histoire longue des métaux

Les chercheurs ont mis au point l’Environmental Match Intensity Index (EMII), un outil statistique qui mesure l’intensité de la pollution minière selon les époques, comme une empreinte digitale comparée à des référentiels. La révolution industrielle provoque une forte hausse des émissions de plomb, mais l’indice baisse ensuite, les émissions fossiles et industrielles masquant les signatures des minerais.

Selon les auteurs, cette approche pourrait aussi permettre de tracer les modifications atmosphériques d’origine humaine bien avant la révolution industrielle. Le sujet nourrit également le débat archéologique sur un éventuel rôle du saturnisme dans le déclin de l’Empire romain.

Questions fréquentes

Comment les tourbières permettent-elles de dater l’activité minière ancienne ?

Les tourbières s’accumulent couche par couche et conservent les particules de plomb issues des retombées atmosphériques. En datant la carotte de tourbe, les chercheurs associent chaque niveau à une période précise. Les signatures isotopiques du plomb indiquent ensuite l’origine géographique du minerai.

Où se trouvait le plus ancien centre minier de plomb et d’argent ?

Selon l’étude publiée dans Science Advances, les plus anciennes traces de pollution, datées d’environ 3700 à 2200 avant notre ère, désignent la région de Laurion, en Grèce, et les Cyclades. Ces résultats concordent avec les vestiges archéologiques de premières mines dans cette zone.

Rome dépendait-elle uniquement des mines d’Espagne ?

Non, d’après cette étude, les mines de France, d’Allemagne et de Grande-Bretagne fournissaient aussi des apports majeurs et continus à l’âge du Fer et à l’époque romaine. L’approvisionnement reposait sur plusieurs pôles reliés par fleuves et routes.

Le plomb a-t-il contribué à la chute de l’Empire romain ?

La question reste débattue. Reconstituer l’exposition historique au plomb permet d’alimenter ce débat archéologique, mais l’étude ne tranche pas ce point. Elle fournit surtout des données sur l’intensité des émissions selon les époques.

Sources

Synthèse originale rédigée avec l’aide d’une intelligence artificielle à partir des sources citées, puis contrôlée automatiquement (longueur, reprises, sources). Les informations et citations appartiennent à leurs auteurs.

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