Aller au contenu
Lignes verticales gravées sur la paroi de la zone sépulcrale de la grotte d'Isturitz

ADN paléolithique : des liens est-ouest à travers l’Europe glaciaire

Photo : Diego Garate et al, CC BY 4.0, Wikimedia Commons

FrancePar la rédaction d’Archéo-Logis4 min de lecture

Read in English · Auf Deutsch lesen · Leer en español

Il y a plus de 30 000 ans, les groupes humains de la culture gravettienne étaient bien plus connectés qu’on ne le pensait. Une équipe internationale dirigée par l’université de Vienne publie dans Science Advances de nouvelles preuves génétiques d’échanges à longue distance, obtenues à partir de restes humains rares et d’ADN conservé dans les sédiments de grottes, dont celle d’Isturitz, dans le Sud-Ouest français.

Une culture gravettienne très étendue

Le Gravettien est l’une des grandes cultures du Paléolithique supérieur européen. Selon les données rapportées par Phys.org, elle se répandit à travers le continent entre environ 34 000 et 25 000 ans avant notre ère.

Les vestiges archéologiques suggéraient depuis longtemps des contacts étendus entre groupes, mais les données génétiques dessinaient jusqu’ici deux grands ensembles relativement stables, l’un oriental et l’autre occidental. La nouvelle étude nuance cette image.

Une femme d’Isturitz au carrefour des lignées

Les restes d’une femme de la grotte d’Isturitz, dans le Sud-Ouest de la France, ayant vécu il y a environ 30 000 ans, ont livré le plus ancien jeu de données génomiques à l’échelle du génome d’un humain moderne issu du Sud-Ouest européen. Selon l’étude, son ascendance est majoritairement liée à la lignée ouest-européenne, mais elle porte aussi une part d’ascendance liée aux populations d’Europe centrale et orientale.

La modélisation génétique date ce flux de gènes d’environ 32 500 à 31 500 ans avant notre ère. Un signal comparable a été repéré chez un individu d’Ormesson, en France, déjà étudié auparavant. Associées aux indices archéologiques, ces données suggèrent qu’Isturitz a pu être un lieu de rencontre entre groupes différents.

L’ADN extrait des sédiments

L’une des innovations de ce travail tient à l’usage de l’ADN ancien conservé directement dans les sédiments. Dans la grotte d’El Mirón, en Cantabrie, les chercheurs ont récupéré suffisamment d’ADN nucléaire humain dans une couche vieille d’environ 22 000 ans pour en déterminer l’ascendance génétique, alors qu’aucun os ni aucune dent humaine n’y avaient été retrouvés.

Cette méthode, dite ADN sédimentaire, permet de relier des niveaux archéologiques à l’ascendance des personnes qui ont occupé un site, même en l’absence de restes squelettiques. Selon les auteurs, les résultats montrent que cette ascendance s’est maintenue jusqu’au Dernier Maximum glaciaire, ce qui soutient l’idée que la péninsule Ibérique a servi de refuge pendant l’ère glaciaire.

Continuité régionale et pratiques d’union

Parallèlement aux échanges, l’étude met en évidence une forte continuité de population dans le Sud-Ouest européen. Les données génomiques de la grotte de Chufín, dans le nord de l’Espagne, indiquent que l’ascendance ouest-européenne s’est maintenue dans la région pendant plusieurs millénaires.

L’équipe a aussi analysé Ostuni1b, un fœtus masculin du sud de l’Italie, très probablement le fils de la femme Ostuni1 déjà étudiée. Son père venait probablement de la même population génétique, mais les parents n’étaient pas étroitement apparentés, ce qui suggère des pratiques d’union limitant la consanguinité. Ces résultats montrent que continuité régionale et échanges à grande distance pouvaient coexister.

Vers de nouvelles enquêtes

Les chercheurs prévoient de combiner l’ADN sédimentaire avec des analyses protéomiques avancées, afin d’étudier les premières expansions transeuropéennes d’Homo sapiens et leurs interactions avec les carnivores, là où les restes organiques sont rares.

Pour replacer ces résultats dans leur contexte, les lecteurs peuvent consulter les fiches du site consacrées aux grottes ornées et aux sites gravettiens du Sud-Ouest de la France, ainsi que les collections des musées de préhistoire des Pyrénées.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la culture gravettienne ?

Le Gravettien est une culture du Paléolithique supérieur, répandue en Europe entre environ 34 000 et 25 000 ans avant notre ère. Elle est connue par ses outils en silex et ses vestiges artistiques. Ses groupes entretenaient des contacts sur de vastes territoires.

Qu’a révélé la femme de la grotte d’Isturitz ?

Selon l’étude, cette femme ayant vécu il y a environ 30 000 ans porte une ascendance majoritairement ouest-européenne, mais aussi une part liée aux populations d’Europe centrale et orientale. Son génome témoigne d’un flux de gènes daté d’environ 32 500 à 31 500 ans.

Qu’est-ce que l’ADN sédimentaire ?

L’ADN sédimentaire désigne l’ADN humain conservé directement dans les sédiments d’une grotte, sans os ni dent. Il permet d’identifier l’ascendance des occupants d’un niveau archéologique. Cette méthode a été utilisée à El Mirón, en Cantabrie.

Où publier ou lire l’étude originale ?

L’étude est intitulée « Early Gravettian genomic data from Western Europe Reveal Population Movements before the LGM » et a été publiée dans la revue Science Advances en 2026. Son auteur principal est Pere Gelabert, de l’université de Vienne.

Sources

Synthèse originale rédigée avec l’aide d’une intelligence artificielle à partir des sources citées, puis contrôlée automatiquement (longueur, reprises, sources). Les informations et citations appartiennent à leurs auteurs.

À lire aussi