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Théâtre romain de Mérida, en Espagne, important site de l’époque romaine en Hispanie

Romanisation de la péninsule Ibérique : une étude génétique relativise l’impact des migrations germaniques

Photo : Lmbuga (Luis Miguel Bugallo Sánchez), CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

MondePar la rédaction d’Archéo-Logis4 min de lecture

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Une vaste étude génétique publiée dans la revue Cell et conduite notamment par l’Institut de biologie évolutive de Barcelone et l’université Harvard reconstruit l’histoire génétique de la péninsule Ibérique entre le Ier et le VIIIe siècle de notre ère. Elle s’appuie sur 243 génomes anciens issus de 31 sites archéologiques. Ses auteurs concluent que la conquête romaine a provoqué un bouleversement démographique majeur, alors que les migrations germaniques de l’Antiquité tardive n’ont eu qu’un impact limité sur le patrimoine génétique local.

Une péninsule au cœur de l’Empire romain

La péninsule Ibérique fut l’une des premières grandes conquêtes de Rome. Sa position entre l’Atlantique et la Méditerranée, ainsi que la richesse de ses ressources naturelles, en firent un territoire stratégique pour l’Empire, que les Romains appelèrent Hispania.

Avec l’affaiblissement du pouvoir romain, l’arrivée des Alains, des Vandales et des Suèves en 409 ouvrit une nouvelle période. Après la chute de l’Empire romain d’Occident, ces groupes germaniques fondèrent des royaumes en Europe, dont le royaume wisigothique établi sur la péninsule en 507.

Une méthode fondée sur l’archéogénomique

L’étude est présentée comme la première analyse archéogénomique systématique et à grande échelle de cette période. Elle combine des données génétiques extraites de restes humains anciens et des informations archéologiques, afin de situer chaque individu dans son contexte historique.

Cette approche permet de dépasser les seules hypothèses fondées sur les sources écrites, souvent partielles, pour mesurer les mouvements réels de population. Les auteurs insistent sur la distinction entre changements politiques, culturels et démographiques, trois dimensions qui ne se confondent pas nécessairement.

La romanisation, une transformation démographique

Selon les chercheurs, les individus datés du Ier au IVe siècle présentent une diversité d’ascendances bien plus grande que ceux de l’âge du Fer, pourtant relativement homogènes. La domination romaine a favorisé l’arrivée de personnes d’ascendance méditerranéenne orientale et nord-africaine.

Carles Lalueza-Fox, directeur du Muséum des sciences naturelles de Barcelone et coauteur de l’étude, souligne que la romanisation fut « aussi une transformation démographique majeure », reliant les populations locales à des mouvements humains venus de toute la Méditerranée.

Des migrations germaniques au poids démographique limité

À partir du Ve siècle, les chercheurs identifient des individus d’ascendance centre-européenne et nord-européenne, notamment dans des contextes funéraires associés aux nouveaux groupes dirigeants. Ces apports représenteraient entre 12 % et 22 % selon les régions et les milieux sociaux.

Pour David Reich, de l’université Harvard, l’histoire génétique ibérique se distingue ainsi d’autres régions de l’Europe post-romaine, comme la Grande-Bretagne ou les Balkans, où les migrations ont eu un effet démographique plus marqué. Les auteurs parlent de migrations et de nouvelles ascendances, mais non de remplacement de population.

Des trajectoires familiales et des élites mobiles

Les analyses ont permis d’identifier deux frères et sœurs enterrés à environ 725 kilomètres l’un de l’autre, à Mérida, l’ancienne Augusta Emerita, et sur la station romaine d’Ildum, à Castellón, au bord de la via Augusta. Tous deux présentaient une ascendance entièrement centre-européenne et étaient probablement des migrants de première génération.

Les dites « princesses suèves », dont les riches tombes avaient fait supposer une origine étrangère, possédaient pour l’une d’elles une ascendance locale. Ce résultat suggère des alliances matrimoniales entre élites suèves et familles hispano-romaines, une identité de groupe pouvant ainsi s’acquérir par les liens familiaux et politiques.

Une histoire génétique qui reste à écrire

Les populations ibériques de l’Antiquité tardive étaient plus hétérogènes que celles d’aujourd’hui, ce qui indique que le patrimoine génétique a encore changé au Moyen Âge, sous la domination wisigothique, lors des conquêtes islamiques et avec l’expansion des royaumes chrétiens.

Les auteurs appellent à élargir l’échantillonnage, en particulier dans le nord de la péninsule et en Afrique du Nord, et à étudier davantage de génomes médiévaux et postmédiévaux pour relier les anciens habitants aux populations actuelles.

Questions fréquentes

Quelle a été l’influence de la conquête romaine sur la population de la péninsule Ibérique ?

Selon l’étude publiée dans la revue Cell, la conquête romaine a profondément transformé la composition génétique de la population ibérique. Les individus datés des premiers siècles présentent une diversité d’ascendances bien plus grande que ceux de l’âge du Fer. Cette diversité résulte de mouvements de population à travers la Méditerranée.

Les Suèves et les Wisigoths ont-ils remplacé la population locale ?

Non, d’après les auteurs, les migrations germaniques de l’Antiquité tardive ont introduit de nouvelles ascendances, représentant environ 12 % à 22 % selon les régions. Mais la plupart des communautés ont conservé le profil diversifié de la population hispano-romaine.

Comment l’ADN ancien permet-il d’étudier les migrations antiques ?

L’archéogénomique extrait et analyse le génome de restes humains anciens, puis compare ces données à leur contexte archéologique. Elle permet de repérer des migrants, des liens de parenté et des alliances familiales. Elle complète ainsi les sources écrites, souvent lacunaires.

Sources

Synthèse originale rédigée avec l’aide d’une intelligence artificielle à partir des sources citées, puis contrôlée automatiquement (longueur, reprises, sources). Les informations et citations appartiennent à leurs auteurs.

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