Aller au contenu
Sépulture de cheval au tumulus d’Issyk, Kazakhstan, Ve–IVe siècle avant notre ère, liée aux rites funéraires scythes

Cannabis dans une tombe sibérienne : la plus ancienne trace d’usage

Photo : Derzsi Elekes Andor, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons

MondePar la rédaction d’Archéo-Logis3 min de lecture

Read in English · Auf Deutsch lesen · Leer en español

Des archéologues ont mis au jour, dans un tumulus royal du site de Tunnug, dans la vallée d’Uyuk au sud de la Sibérie, les plus anciennes traces d’usage psychoactif du cannabis. Selon une étude publiée le 5 novembre dans la revue Science, graines et traces chimiques retrouvées dans des cheveux humains datent d’environ 2 800 ans. Ces indices suggèrent une pratique funéraire liée à des sacrifices humains, où la plante aurait pu servir à calmer les victimes.

Une tombe princière aux sacrifices spectaculaires

Au centre du tumulus royal de Tunnug, les fouilleurs ont dégagé quatre structures funéraires en bois renfermant plusieurs cercueils taillés dans des troncs. Au-dessus de ces constructions reposaient les squelettes de chevaux, disposés selon une tradition scythe baptisée « cortège spectral ». Ce rite associait sacrifices d’animaux et, selon toute vraisemblance, d’humains.

Ce type de sépulture était réservé aux élites. Il illustre la richesse des sociétés de cavaliers nomades qui occupaient les steppes d’Asie centrale et de Sibérie au cours du Ier millénaire avant notre ère. Leurs tombes princières, souvent recouvertes de tumulus, ont livré un mobilier funéraire et des rituels d’une grande complexité, dont l’étude éclaire la hiérarchie et les croyances de ces populations.

Des graines et des cheveux qui parlent

Les archéologues ont découvert plus de mille graines entières de Cannabis ruderalis, une forme sauvage du cannabis, auxquelles s’ajoutent environ cinq cents graines partielles. Datées au radiocarbone, elles se situent entre 800 et 760 avant notre ère, ce qui fixe la chronologie de la sépulture.

Des échantillons de cheveux humains prélevés dans la tombe ont par ailleurs révélé des signaux correspondant au cannabinol et au THC, les deux composés psychoactifs de la plante. Les analyses ne permettent toutefois pas de savoir quelle quantité de la substance a été consommée, ni sous quelle forme elle l’a été.

Un usage peut-être lié au rituel

Gino Caspari, archéologue à l’Institut Max Planck de géoanthropologie à Iéna, en Allemagne, et premier auteur de l’étude, souligne que les traces moléculaires des cheveux et des graines proviennent de la même sépulture. Selon lui, cela indique que le cannabis a été utilisé pour ses propriétés intoxicantes.

Dans ce contexte de sacrifices, les chercheurs avancent que la plante aurait pu servir à apaiser les personnes destinées à être intégrées au rituel. Il s’agit d’une interprétation : les sources ne permettent pas de l’établir avec certitude, et d’autres usages, rituels ou sociaux, restent envisageables.

Un témoignage qui recule la date connue

Jusqu’ici, l’historien grec Hérodote, au Ve siècle avant notre ère, décrivait des nomades scythes inhalant les vapeurs de graines de chanvre brûlées. Des traces d’usage découvertes dans un cimetière chinois datant d’environ 500 avant notre ère étaient considérées comme les plus anciennes.

La nouvelle étude repousse cette limite d’environ trois siècles et confirme l’ancienneté de l’usage funéraire du cannabis en Asie centrale. Le cannabis, originaire probablement d’Asie, était déjà cultivé pour ses fibres, ses textiles et ses graines oléagineuses bien avant cette période. Les chercheurs prévoient désormais de séquencer certains échantillons végétaux afin de retracer l’histoire de la domestication et de la diffusion de la plante, un travail qui pourrait préciser la route empruntée par cette culture à travers l’Eurasie.

Questions fréquentes

Quelle est la plus ancienne trace d’usage du cannabis ?

Selon une étude publiée dans la revue Science, des graines et des traces de cannabinol et de THC retrouvées dans une tombe de Sibérie datent d’environ 2 800 ans. Cela repousse de trois siècles la date précédemment connue, située vers 500 avant notre ère en Chine.

Où se trouve le site de Tunnug ?

Le site de Tunnug se situe dans la vallée d’Uyuk, dans le sud de la Sibérie. Il comprend un tumulus royal dont les structures funéraires en bois ont livré les restes de cercueils et de chevaux sacrifiés.

Le cannabis servait-il à apaiser les victimes sacrifiées ?

C’est une hypothèse avancée par les chercheurs, qui estiment que la plante aurait pu calmer les personnes intégrées au rituel. Les analyses ne permettent pas de déterminer la quantité consommée ni de confirmer ce rôle précis.

Qui étaient les Scythes ?

Les Scythes étaient des peuples nomades de cavaliers établis dans les steppes d’Eurasie. Leurs tombes princières, avec sacrifices de chevaux, sont bien connues des archéologues.

Sources

Synthèse originale rédigée avec l’aide d’une intelligence artificielle à partir des sources citées, puis contrôlée automatiquement (longueur, reprises, sources). Les informations et citations appartiennent à leurs auteurs.

À lire aussi