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Façade extérieure du musée de Troie en Turquie, bâtiment en acier patiné orange situé près du site de la cité antique

IA et archéologie : pourquoi une fiction historiquement exacte reste impossible

Photo : Dosseman, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

MondePar la rédaction d’Archéo-Logis4 min de lecture

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Faut-il craindre ou espérer que l’intelligence artificielle reconstitue le passé ? Dans un article publié sur Phys.org, deux archéologues et historiens, Stephan Blum et Michael La Corte, expliquent pourquoi une IA ne pourra jamais produire un film historiquement exact, tout en voyant dans cette technologie un outil précieux pour la recherche archéologique.

Le déclencheur : un film d’IA sur l’Odyssée

Le point de départ de l’analyse est une polémique récente. L’entrepreneur Elon Musk a critiqué l’adaptation de l’Odyssée d’Homère par le réalisateur Christopher Nolan, lui reprochant son casting diversifié et un manque d’exactitude historique. Il a alors affirmé vouloir démontrer que l’intelligence artificielle pouvait produire une œuvre fidèle à Homère à moindre coût.

Son outil, Grok Imagine, a publié le 23 octobre les sept premières minutes d’un tel film. Selon l’article repris de The Conversation, la question n’est pas tant la qualité artistique du résultat que la promesse même d’exactitude historique, qui, selon ses auteurs, échoue avant même le premier plan.

Un registre archéologique lacunaire

L’archéologie travaille sur une trace fragmentaire du passé : seule une infime partie des vestiges subsiste dans le sol, et une fraction seulement est fouillée. Les auteurs prennent l’exemple de Troie : les dépôts conservent des fusaïoles et des poids de métier à tisser, mais aucun tissu. Les textiles ont disparu, alors que tous les habitants en portaient.

Tout ce qui ne peut pas être récupéré directement doit donc être interprété par des hypothèses, plus ou moins solides, avec des incertitudes et des interprétations concurrentes. Une IA générative, conçue pour produire une image complète, comblerait ces vides avec des éléments empruntés à d’autres médias, comme le cinéma, les jeux vidéo ou la peinture.

Vraisemblable n’est pas exact

Le risque central tient à la plausibilité. Des ajouts produits par une IA peuvent sembler convaincants, voire authentiques à certains spectateurs. Pourtant, comme le soulignent les auteurs, « convaincant » n’est pas synonyme d’exact, et c’est dans l’écart entre les deux que travaille l’archéologie.

Le poème d’Homère est lui-même un témoin fragile : composé des siècles après l’effondrement des palais qu’il évoque, il mêle souvenirs mycéniens et vision du monde de l’âge du fer. Ulysse, Hélène ou Circé ne sont pas des personnages que l’archéologie peut confirmer. Un modèle entraîné sur ces traces hériterait de nos lacunes autant que de nos connaissances.

Une IA utile si elle montre ses incertitudes

Les chercheurs ne rejettent pas l’IA en bloc. Un système croisant rapports de fouilles et bases d’objets pourrait révéler des régularités qu’aucun spécialiste ne percevrait seul, par exemple la diffusion de styles céramiques. Mais il s’agirait d’un motif présent dans les données, non d’une image du passé.

Selon eux, une IA réellement archéologique devrait afficher son incertitude aussi clairement que sa confiance : présenter plusieurs reconstitutions quand les indices le permettent, se limiter aux fragments quand il ne reste que cela, et signaler ce qui est documenté, déduit ou simplement plausible. Cette démarche rejoint les principes de la Charte de Londres (2009) et des principes de Séville (2011) sur la restitution virtuelle du patrimoine.

Choisir un monde à reconstituer

Reconstituer le passé suppose aussi de choisir. Troie couvre des phases séparées de plusieurs siècles, et les palais mycéniens différaient des cités hittites : il n’existe pas un unique « âge du bronze ». Les traces peuvent appuyer l’existence d’un conflit à Troie, mais non établir la guerre de Homère comme un événement unique.

Un modèle d’IA choisit pourtant une version de Troie sans jamais signaler ce choix. Le film sera sans doute oublié en quelques jours, mais la méthode, elle, compte. Pour les auteurs, la reconstitution la plus fidèle ne serait pas la plus affirmée, mais celle qui montre où se trouvent les lacunes.

Questions fréquentes

L’intelligence artificielle peut-elle produire un film historiquement exact ?

Selon les archéologues Stephan Blum et Michael La Corte, non. L’archéologie travaille sur des traces incomplètes, et une IA générative comble nécessairement les vides par des éléments plausibles mais non vérifiés. Le résultat peut sembler convaincant sans être exact.

Pourquoi l’Odyssée est-elle difficile à utiliser comme source historique ?

Le poème a été composé des siècles après les palais qu’il évoque et mêle des souvenirs de l’époque mycénienne à la vision du monde de l’âge du fer. Ses personnages, comme Ulysse ou Circé, ne peuvent pas être confirmés par l’archéologie.

Comment l’IA peut-elle aider la recherche archéologique ?

En croisant rapports de fouilles et bases d’objets, elle peut révéler des régularités, comme la diffusion de styles céramiques, difficiles à percevoir pour un seul chercheur. Ces motifs restent des tendances des données, à interpréter avec prudence.

Qu’est-ce qu’une reconstitution archéologique fidèle ?

Une reconstitution fidèle montre ses sources et ses incertitudes : elle présente plusieurs hypothèses lorsque les indices le permettent, se limite aux fragments conservés et distingue ce qui est documenté, déduit ou seulement plausible.

Sources

Synthèse originale rédigée avec l’aide d’une intelligence artificielle à partir des sources citées, puis contrôlée automatiquement (longueur, reprises, sources). Les informations et citations appartiennent à leurs auteurs.

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